Ciel

Publié le par Nandra-chan

Bonjour !

Comme je l'ai déjà dit à plusieurs reprises, avant d'ouvrir ce blog j'en avait un autre, dont l'hébergeur a fermé. J'avais imprimé une partie des textes que j'avais publiés, mais malheureusement, il semblerait que tout soit parti à la poubelle. Je n'ai pas l'intention de refaire le blog à l'identique, loin de là, et ce qui est perdu ne sera pas ramené, mais il y avait certains textes que j'aimais bien et j'ai décidé de les réécrire.

Parmi eux, il y avait les histoires de Ciel. Ciel est en quelque sorte mon autre moi, un moi qui ne peut pas s'exprimer dans une société telle que la nôtre, et je pense que cela vaut mieux car si le monde était rempli de Ciels, on aurait du mal à s'en sortir. Les aventures de cette jeune femme sont inspirées d'anecdotes réelles, de choses qui me sont arrivées, ou qui sont arrivées à des personnes de mon entourage. D'autres sont la transcription de rêves que j'ai pu faire, car j'ai souvent tendance à rêver de façon particulièrement débile.

Voilà donc la première aventure de Ciel, c'est vieux texte, et je ne pense pas l'avoir retranscrit tel qu'il avait été écrit la première fois, étant donné que ça date de quatre ou cinq ans, voire plus, et que ma mémoire se rapproche plus de celle d'un poisson rouge que de celle d'un éléphant. Mais j'espère que ça vous amusera un peu quand même.

Les aventures de Ciel - 1 - Le petit chaperon rouge.

Ronronronronron... Nyaaaaah !

Ronronronronron... Nyaââââh !

 

Ciel poussa un gros soupir et détourna les yeux de l'écran de son ordinateur pour foudroyer du regard le gros matou noir assis sur le bureau.

 

-         Ça peut pas attendre ? Je suis occupée !

-         Ronronronronron... Nyaaaaah !

-         Tu me déranges là.

-         Ronronronronron... Nyaaaaah !

-         Putain... on voit que tu sais pas ce que c'est de bosser. Ça a une vie facile les chats.

 

En grommelant toujours, la jeune femme repoussa son fauteuil de bureau, se leva, et se dirigea vers la cuisine, en espérant qu'une fois que le petit gêneur serait rassasié il lui ficherait la paix. Mais le minet ne comptait pas lui faciliter la tâche, et il s'empressa de la suivre puis de la précéder dans le couloir pour mieux s'enrouler autour de ses chevilles et la faire trébucher. Une fois.

 

-         Merde !

 

Deux fois.

 

-         Mais t'es chiant !

 

Trois fois.

 

-         Shooooot !

-         Nyaaaaaaaaaah !

 

Une fois l'animal proprement assommé contre un mur et la tranquillité revenue au moins pour quelques secondes, Ciel se précipita vers un placard, sous le regard vivement intéressé du chien.

 

-         Ah tu vas pas t'y mettre, toi aussi !? Si ? Pffff...

 

Elle attrapa la porte, l'ouvrit et avec énergie, et là... elle en resta muette de saisissement. La catastrophe ! Il n'y avait plus de Canibouf, ni de Catibouf ! Elle allait devoir faire les courses.

 

Elle poussa un énoooorme soupir. Ce n'était pas comme si elle était occupée à rédiger son dernier livre : « Etude des ricochets d'un chewing-gum bien mâché sur une flaque de l'avenue principale de Reykjavik dans les années 80 ». Non, ce n'était pas comme si elle avait rendez-vous avec son éditrice le lendemain... Non.

 

Mais une chose était sûre, si elle n'allait pas tout de suite acheter du Canibouf et du Catibouf, elle n'aurait pas la paix de toute la soirée. Contrairement à elle, les animaux avaient beaucoup de mal avec la notion de « sauter un repas ». Elle regarda l'heure.

 

-         Ouaaaah ! 19H45 déjà ! Je dois me grouiller ça va fermer !

 

Ciel était une jeune fille moderne et assez coquette. Elle n'aimait pas beaucoup sortir dans sa tenue d'appartement. On ne savait pas, l'amour pouvait pointer son nez, comme ça, sans prévenir, et si ça arrivait, elle voulait être à son avantage ! Mais, cette fois, tant pis, pas le temps de passer une heure devant le placard de sa chambre. Elle enfila une paire de baskets et se dirigea vers la penderie pour y prendre son manteau. Il faisait drôlement froid à cette époque de l'année.

 

Mais là, nouvelle déconvenue. Elle avait oublié de passer au pressing, et de manteau point trace. Elle jura, décréta que c'était de la faute de cette conne d'éditrice, et attrapa le premier vêtement qui lui tombait sous la main, un affreux anorak rouge que sa grand-mère lui avait offert quelques années auparavant et qu'elle ne mettait que lorsqu'elle se rendait à Cuje-les-Pins pour l'anniversaire de la dite mamie.

 

Puis elle prit ses clefs, son sac, et fonça au parking où elle sauta dans sa voiture (non sans se cogner la tête au montant de la portière et réagir avec un vocabulaire coloré) et mit le contact.

 

-         Reureureureureu ! fit le démarreur.

-         Ta gueule. Démarre !

 

Après quelques réticences, le moteur du véhicule consentit enfin à se mettre en route et Ciel exécuta une marche arrière parfaite, en s'amusant à faire crisser les pneus sur le revêtement du sous-sol et en chantant le générique de ~ Starskyyyyy et Hutch lalalalalala ~.

 

Quelques minutes, un dérapage sur le verglas et un « houla putain ça glisse » bien indigne de ses idoles plus tard, elle stoppait son carrosse sur le parking du supermarché dont l'enseigne brillait aussi ardemment que les yeux d'un dragon. C'était le dragon de la consommation, Kasynox, et elle sut avec certitude qu'il allait incinérer le contenu de son porte-monnaie en deux temps trois mouvements.

 

Elle se hâta d'entrer dans la galerie marchande, où elle s'amusa à faire crisser les semelles humides de ses baskets sur le carrelage, mais cette fois, elle ne chanta pas Starsky et Hutch. Elle se contenta de murmurer Lalalalala tout bas. Ciel avait le sens du ridicule.

 

Ce qu'il y avait de bien, quand on allait faire ses courses un quart d'heure avant la fermeture, c'était qu'il n'y avait pas de mémé pour faire des embouteillages dans les rayons. Ce qu'il y avait de bien aussi, c'était que ça emmerdait un peu les caissières pressées de finir leur journée de boulot. Par contre, ce qu'il y avait de moins bien, c'était les regards réprobateurs des vigiles. Mais comme elle s'en fichait un peu et qu'elle avait absolument besoin de Canibouf et de Catibouf, elle passa devant eux sans baisser les yeux, mais en serrant quand même les fesses, des fois qu'un coup de pied au cul partirait.

 

La grande allée centrale du magasin était vide ce qui lui inspira une soudaine envie de pousser son caddie aux limites de sa puissance et de prendre le virage final en dérapage contrôlé en faisant encore crisser ses semelles, mais bon, déjà qu'on la regardait de travers, c'était sûrement une mauvaise idée. Elle laissa tomber.

 

Elle se dirigea tout droit vers le rayon de la nourriture pour animaux. Tout en regardant sa montre, elle eut un petit sourire de satisfaction. Elle avait noté que les caisses étaient désertes, donc, si tout allait bien, elle serait de retour chez elle dans un quart d'heure.

 

Mais soudain, ce fut le drame.

 

A part elle et le personnel, il ne devait pas rester plus de trois personnes dans le supermarché. Alors pourquoi, mais pourquoi, fallait-il que l'une d'elles soit précisément arrêtée devant les boites de Canibouf !? Et surtout, pourquoi une vieille !? Et pire, pourquoi cette vieille toute décrépite avec ses mains tremblantes et ses petits bras tout maigres était-elle en train de PILLER les réserves de Canibouf pour les stocker dans son caddie !? Alors là, ça n'allait pas se passer comme ça.

 

Ciel serra les poings dans ses moufles. On allait voir ce qu'on allait voir ! Sur la pointe des pieds, elle s'approcha pour se poster dans le dos de la mamie. Avec un peu de chance, si elle faisait un gros BOUH, Mémé allait tourner de l'œil et lui laisser le champ libre... Elle gonfla ses poumons, prête à l'action, puis s'arrêta. Non, quand même, elle n'était pas un monstre !

 

Quoi qu'à bien y réfléchir, elle aurait peut-être dû laisser parler ses pulsions car, tout à coup, la vénérable vieille dame se retourna, lui jeta un regard horrifié, et lui balança son sac à main en pleine figure avant de partir en courant sur ses cannes de piaf, et criant « Au voleuuuur ! Au voleuuuur ! » de sa voix aigrelette.

 

Sonnée, la joue en feu (qu'est-ce que cette vieille avait pu mettre dans son sac pour que ça fasse aussi mal ?), la jeune femme resta interdite face au rayon de Canibouf. Alors ça, c'était bien la première fois qu'on lui faisait un coup pareil ! Elle, une voleuse !? Non mais pour qui on la prenait !? Elle qui était si honnête, si pure, si innocente, si... ! Oui bon, ok, elle avait bien subtilisé deux trois petites choses dans sa vie, mais il y avait des circonstances atténuantes, ces fois-là.

 

Tout en râlant comme un putois, elle haussa plusieurs fois les épaules, souffla  bruyamment, et prit machinalement deux boites de pâtée pour chien et un sac de croquettes pour chats sur les étalages. Alors là, ils n'étaient pas près de la revoir, chez Kasynox ! Elle, une voleuse ! Non mais oh ! Et puis d'abord, qu'est-ce qu'elle foutait là cette mémé ? Les mémés, à cette heure-là, ça mange sa soupe en regardant Plus Belle la Vie à la télé, un point c'est tout.

 

Elle renonça à l'idée de faire quelques petits achats supplémentaires. Il était temps de rentrer. Mais au moment où elle faisait demi-tour pour rejoindre l'allée centrale, la mamie refit son apparition, accompagnée des deux vigiles de l'entrée.

 

-         C'est elle, Monsieur l'Agent ! cria-t-elle en désignant Ciel du doigt.

 

- Putain mais qu'est-ce que j'ai fait au bon dieu ? bougonna la jeune femme.

 

-         Hin hin hin, mais c'est le Petit Chaperon Rouge ! ricana l'un des deux types, un très grand très costaud très velu avec les poils du torse qui dépassaient de l'encolure de son tee-shirt. Alors comme ça, on essaie de voler les vieilles dames ?

 

Petit chaperon rouge mon cul, pensa la présumée voleuse en maudissant toutes les grand-mères du monde et aussi tous les anoraks pourris qui faisaient ressembler à des personnages des contes de Perrault.

 

-         Je ne volais rien du tout, je voulais juste attraper des boites de Canibouf, précisa-t-elle en désignant le contenu de son caddie.

-         Alors, vous voyez Madame, dit le second vigile à la mamie, je vous l'avais bien dit. Cette personne n'a rien d'une malfaiteuse, elle est charmante.

 

Il assortit ses paroles du sourire et d'une œillade lubrique en direction de la jeune femme qui se mordit les lèvres pour cacher l'expression dégoûtée que cela lui inspirait. Oh le duo de choc ! King-Kong et Casanova ! Elle en avait de la chance !

 

-         Vous, comment vous vous appelez ? demanda King-Kong.

-         Ciel.

-         Ciel comme le ciel ? s'étonna Casanova.

 

Non, Ciel comme ta sœur !

 

-         Oui, Ciel comme le ciel.

-         C'est très original !

-         Merci.

-         Ciel comment ? demanda l'autre.

-         Juste Ciel.

-         Juste Ciel ! s'esclaffa le dragueur. Hahaha ! que c'est amusant !

-         Ouvrez votre sac, Madame Ciel, fit le premier.

 

Avec un soupir, elle obéit. Il valait mieux ne rien dire et faire ce qu'il disait pour se sortir rapidement de cette histoire vraiment trop débile. Le type prit le sac et fouilla dedans. Elle nota que pendant ce temps, la vieille dame, sous prétexte de fatiguer et de chercher l'appui d'un bras viril, en profitait pour peloter Casanova qui n'était visiblement pas friand d'antiquités et tentait maladroitement d'échapper à ses mains baladeuses.

 

-         Il n'y a rien de spécial, conclut-il. Un portefeuille, un lecteur MP3, des cigarettes, un paquet de mouchoir, des Tampax, une boite de préservatifs...

 

Evidemment, pensa-t-elle, tu t'attendais à trouver quoi, une galette et un petit pot de beurre ?

 

-         Si vous pouviez éviter d'étaler ma vie privée devant tout le monde (connard), Monsieur... Je ne voudrais pas qu'on sache que je me promène aussi avec un godemiché.

 

Casanova s'étouffa, Mamie poussa un petit cri outré, et King Kong rougit jusqu'aux oreilles. Il replongea - furtivement, pensa-t-il - son regard dans le sac, une dernière fois, puis le referma et le tendit à sa propriétaire.

 

-         On s'excuse, Madame, vous pouvez y aller.

 

Ciel reprit son bien, son caddie, et s'en alla vers les caisses d'un pas décidé, tout en tirant d'une main sur les pans de son anorak - décidément nul - trop court pour cacher ses fesses, sur lesquelles elle sentait penser le regard du Casanova des supermarchés.

 

Il ne restait plus qu'une caissière, qui lui adressa un rictus déplaisant et empoigna les boites de pâtée d'une main furieuse. Bip. Bip. Bip.

 

-         Ça fera huit Neurones et quarante Synapses.

-         Huit neurones quarante, putain c'est pas donné, grommela la jeune femme en payant.

 

Elle ressortit du magasin et se dirigea vers sa voiture, soulagée d'avoir enfin terminé. Elle allait pouvoir rentrer chez elle et terminer son travail.

 

Mais au moment d'ouvrir la portière de la voiture, la clef refusa de tourner. Serrure gelée.

 

-         Bordel mais c'est pas vrai, pesta Ciel.

 

Pendant qu'elle se débattait avec sa clef en s'agitant copieusement, la poche Kasynox creva par le fond et les deux boites de Canibouf tombèrent directement sur ses orteils.

 

-         Aieeeeeeeeeuh ! hurla-t-elle en exécutant la Danse de la Douleur, qui consistait à sauter sur un pied en tournant sur soi-même et en tenant son autre pied entre ses mains.

 

Cela ne la soulagea en rien, mais les dieux finirent peut-être par s'apitoyer sur elle car, lorsqu'elle tenta à nouveau d'ouvrir sa voiture, la serrure accepta d'obéir et elle put enfin s'asseoir. Elle se massa les orteils, mit le contact et...

 

-         Reureureureureureu....

-         Démarre !

-         Reureureureureureu...

-         Démarre, putain, démarre !

-         Reureureureureu... reuuureuuuu... reuuuuu...

 

Les phares du véhicule clignotèrent, puis s'éteignirent. Ciel poussa un énorme soupir. Si la batterie s'y mettait... eh bien elle n'avait plus qu'à rentrer à pied.

 

(Prochain Chapitre - Ciel et le Granméchan Loup)

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Publié dans Mes textes - Ciel

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V
houlà!! moi à la place de Ciel je crois que j'airais donné le chat à bouffer au chien! Quoi pas c'est pas éthique?? mais ça lui aurait évité tout ce bazarre et ces pauvres pieds ne se prendraient pas pour une compote^^ ce qui fait peur là dedans, c'est quand tu dis que c'est tiré d'anecdotes vraies .... pauvre nandra chan!!!!! TT
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N
<br /> oui hein !? Sniffff !<br /> <br /> <br />
I
Purée la pauvre Ciel elle a vraiment pas de bol --" vive les mamies casse... et les vigils lubriques >< au final c'est les animaux qui aurait besoin d'une punition XDj'ai hate de lire d'autre histoire de Ciel ^^
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