Potins

Publié le par Nandra-chan

chutpetitIl existe une force occulte, un pouvoir très particulier, auquel nous ne pensons pas toujours mais qui, pourtant, est présent autour de nous en permanence et exerce sur nous une emprise terrible. Ce pouvoir est invisible ; il est, en quelque sorte, magique, et il est extrêmement difficile, peut-être même est-il impossible, de s'en libérer.

Je vous parle du pouvoir des mots. Chaque mot que nous écrivons, que nous prononçons, que nous entendons ou lisons est lourd de ce pouvoir que je viens d'évoquer. Bien sûr, vous pourriez me dire que ce n'est pas si occulte que ça en a l'air et je vous répondrais que c'est vrai, dans certains cas, le pouvoir du mot est parfaitement limpide. Personne ne se trompera sur mon intention si je traite mon voisin de "vieux pervers" ou ma voisine de "vieille carne". Et chacun, à son échelle, selon son milieu, l'éducation qu'il a reçue, ses efforts personnels et sa volonté de se perfectionner, ou ses aptitudes naturelles, est capable de manier les mots de manière à exprimer ses désirs et ses opinions. C'est la finalité du langage.

Je le sais, et j'essaie, à ma mesure, d'utiliser ce langage pour me faire comprendre le plus clairement possible. Mais parfois, les réactions de mon entourage, ou même mes propres réactions face à une situation, me prennent par surprise et m'amènent à penser que l'on ne mesure pas toujours le poids des paroles que l'on peut prononcer et du vocabulaire que l'on emploie.

Récemment, par exemple, j'ai eu une conversation que je qualifierai de "houleuse" avec ma collègue Indira. Nos relations n'ont jamais été très chaleureuses et, apparemment, ça n'est pas près de changer. Nous nous crêpons le chignon régulièrement, avec beaucoup de conviction. Mais ce soir-là, l'ambiance était plutôt détendue et nous avions réussi à bavarder une dizaine de minutes sans nous sauter à la gorge, jusqu'à ce que je prononce le mot magique. Non, pas "abracadadra", l'autre mot magique : "potins".

Moue agacée, plissement des paupières, un éclair dans la prunelle, et voilà Mme Zen-Attitude prête à me tomber dessus à bras raccourcis. J'admets qu'en ce moment je ne suis pas non plus un modèle de patience, et quand sa voix a commencé à monter dans les aigus, j'ai cru pendant un instant qu'on allait s'écharper pour de bon. La moutarde m'était monté au nez plutôt rapidement.

Tout ça me fait penser à une publicité pour un parfum. J'imagine un flacon évoquant un buste féminin vêtu de façon provocante, et un slogan du genre : "Potins, réveille la paranoïaque qui sommeille en toi." Bien sûr, ce parfum serait lourd, capiteux, un peu vulgaire et vieillirait mal. Il tournerait facilement à l'aigre.

"Potins" aurait pu être un mot féminin, s'il n'avait eu que le sens de "bavardage, cancan, commérage". Ceux-là aussi, du reste, sont typiquement féminins. Je ne dis pas que les hommes ne se livrent pas, de temps en temps, à ce genre d'activités, mais les femmes excellent dans le domaine, survolent la discipline haut la main et les doigts dans le nez (ce qui est assez improbable, anatomiquement parlant). Pourtant, "potins" est masculin et s'en porte à merveille, puisque (attention les gars, ouvrez vos écoutilles, c'est pas souvent que je serai aussi sympa avec vous) ce genre symbolise la puissante, la force, et le pouvoir. Trois atouts que le potin possède à coup sûr, puisqu'il est capable de déclencher des bagarres de paillasson alors que c'est même pas vrai, en plus !

Voilà, "potin" est un mot que je n'aime pas tellement. il évoque la médisance, la sournoiserie, les paroles prononcées à mi-voix en cachant ses lèvres derrière sa main (des fois qu'on aurait que ça à foutre de lire sur les lèvres de la voisine), l'hypocrisie et l'opacité. Et d'ailleurs, il ressemble à ce qu'il désigne. Potin, c'est joli, c'est rond, ça sonne comme potelé, on pense à un gros bébé joufflu (non, Eva... non, pas celui-là) ou à une jeune fille à l'allure saine et solide, mais en fait, c'est tout le contraire ; c'est très vilain, un potin.

Et pourtant, quelquefois, qu'est-ce que ça fait du bien de dire du mal !


Voilà, sinon un nouveau chapitre de Sept-Royaumes sera en ligne ce soir, et demain je vous parlerai du seul mot capable de me faire croire en Dieu.

Je n'ai pas d'inspiration pour vous mettre un petit morceau à écouter avec tout ça, mais ça ne fait rien. Comme l'a dit Mozart : "Quelle musique, le silence !"

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